• Thomas Guern

Quels enseignements tirer de la pré-saison ? (2/3)

A moins d'une semaine du début du championnat de Jeep Elite, la pré-saison s'est achevée samedi dernier. L'occasion de faire un point équipe par équipe, de certaines tendances ayant pu se dégager en pré-saison. A noter que certains matches de préparation n'ont pas été pris en compte car certaines feuilles de statistiques se sont avérées incomplètes.

La deuxième partie démarre par la JDA Dijon pour finir dans le Rhône, avec Lyon-Villeurbanne. Les équipes seront abordées par ordre alphabétique.




Dijon : une identité de jeu conservée


5 joueurs étaient déjà de la formidable aventure des dijonnais, ponctuée d'une 3e place en saison régulière et d'un parcours les ayant menés en demi-finale des playoffs. La JDA joue donc la carte de la constance tant dans l'effectif que dans son identité de jeu, notamment défensive.

L'équipe dirigée par Laurent Legname s'était distinguée en étant la 4e défense la plus efficace du championnat (104.4 DRtg). Au-delà de l'efficacité, c'est la manière avec laquelle Dijon a réussi cette performance : en autorisant le plus de tir à 3 points de toute la ligue ! Près de 42% des tirs adverses de la JDA ont été tentés à 3 points, avec une réussite de 34.7 %. Un comble à l'heure où le tir à 3 points, le spacing sont dans tous les esprits...

En pré-saison, cette tendance s'est accentuée puisque les adverses de Dijon ont pris 45% de leurs tirs derrière la ligne à 3 points, sans grande réussite (32.2%). De quoi permettre à Dijon de s'affirmer comme l'une des meilleures défenses de pré-saison (102.1 DRtg) !

L'autre continuité dijonnaise, au-delà de l'effectif et la défense, réside dans le rythme de jeu : 71.6 possessions par match en 2018-19, contre 70.9 possessions par match en pré-saison 2019-20.



Gravelines-Dunkerque : les raisons d'une mauvaise pré-saison


Le BCM Gravelines-Dunkerque a terminé la pré-saison 2019-2020 avec l'étiquette du cancre : zéro victoire, huit défaites. (Seuls 6 matches ont été exploités, les stats des matches joués contre Boulogne-Levallois étant incomplètes.)


* La maladresse

95.8 : c'est l'offensive rating de Gravelines-Dunkerque sur les 6 matches analysés... Pour l'expliquer, il ne faut pas chercher plus loin que dans des pourcentages d'adresse aux tirs : 50.8% eFG% (17e). Le BCM n'a réussi que 30.7% de ces tentatives à 3 points, sachant qu'un peu moins de 45% des tirs du BCM sont tentés derrière la ligne à 3 points. Pour faire simple : ça tire beaucoup à 3 points, et ça n'en réussit pas beaucoup. A côté de cela, Gravelines affiche le plus faible ratio FTA/FGA avec 0.25, annihilant tout espoir de gagner en efficacité via les lancers-francs. Exercice dans lequel leur adresse fait également défaut (66.7%, 17e)...

Le problème du BCM en pré-saison a donc été un grand volume de tirs à 3 points associé à de faibles pourcentages de réussite. Michael Thompson en est le symbole, avec 1.5 / 6.0 à 3 points (25% de réussite), talonné par Erik McCree (29% de réussite sur 6.8 tentatives). 3 joueurs parviennent à se hisser au-dessus de la barre d'un tir à 3 points réussi sur 3 tentatives (33% de réussite ) : Trey Lewis (3.0 sur 8.5 soit 35%), Jean-Michel Mipoka (1.7 sur 2.7, soit 63%) et Pape Sy (1.3 sur 2.0, soit 67%).



* Le rebond

Déjà peu en verve dans ce secteur l'an passé (14e), le BCM a perdu son meilleur rebondeur à l'intersaison avec le départ de Taylor Smith à Nanterre. Le bondissant intérieur s'est affirmé comme un élément essentiel du BCM par sa présence aux rebonds : 2.1 rebonds offensifs par match (9% OREB%), 4.9 rebonds défensifs (21% DREB%), 7.0 rebonds (15% REB%).

Pour autant, Gravelines-Dunkerque pointait à la 14e place du classement des équipes en termes de pourcentage de rebonds disponibles captés (REB%).

Le départ de Smith laisse un grand vide dans ce secteur puisqu'un seul joueur franchit péniblement la barre des 10% REB% : Bangaly Fofana (13% REB%), pivot jouant 20 minutes par match...

Derrière le désert : Koffi n'affiche pas le rendement escompté (7% REB% contre 14% l'an dernier) ; Mipoka possède le bagage nécessaire pour faire mieux que ses 7% REB% de pré-saison ; un constat également valable pour Pape Sy (5% REB%), plus productif à Cholet la saison passée (9%)


Mais le BCM n'a pas fait tout de travers, loin de là. Les nordistes ont limité l'adresse de leurs adversaires à 2 points à 53% de réussite (6e). Le ratio tentative de lancer-franc / tentative de tir adverse est lui aussi très correct avec 0.28 (5e), empêchant ainsi leurs adversaires d'augmenter leur efficacité facilement sur la ligne des lancers-francs. Tout n'est pas noir pour le BCM, même si les prestations vues ces dernières semaines peuvent susciter de l'interrogation.




Le Mans : Valentin Bigote, MVP de la présaison


David Michineau n'est pas le seul français à avoir brillé en pré-saison, puisque Valentin Bigote a également flambé avec Le Mans.

Pouvant compter sur une bonne adresse flirtant avec le 50-40-90, Graal de tout shooteur (49-38-88), l'ancien joueur de Dijon était efficace en attaque, avec 113.0 points produits pour 100 possessions lui étant attribuées. Une efficacité des plus correctes, sachant qu'il était l'une des principales options (24% USG%) avec Cameron Clark (25% USG%) ou Kendrick Ray (26%).


Au sein d'une équipe fortement remaniée, où seuls sont restés Antoine Eito, Terry Tarpey et le jeune Matthieu Gauzin de la saison précédente, Valentin Bigote a gagné en volume de jeu (25% USG%), mais surtout en efficacité : 123.6 ORtg ! Là aussi, il peut engranger sur une excellente adresse (57-43-82) pour atteindre 72% TS%. Mais, à l'instar de David Michineau, son gain d'efficacité est liée à l'agressivité : son ratio de tentative de lancer-franc par possession est passé de 0.29 à 0.38.


Mais l'impact de Bigote ne se limite pas uniquement qu'à l'attaque. Le manceau fait partie du Top 20 au NetRtg avec 2.66. Pour faire simple, lorsque Bigote est sur le terrain, il représente à lui seul un gain total de 24 points pour 100 possessions, pour 219 minutes jouées. Seuls 3 joueurs ont fait mieux sur cette pré-saison : Frank Hassell (40.5), D'Angelo Harrison (39.0), deux portellois dont il faut relativiser le niveau d'adversité, et Richard Solomon (27.6) de la JDA. De la constance, de la consistance.


Le Portel : le sens du rebond


Les champions de l'intersaison. Pour limiter tout risque d'euphorie, Le Portel a affronté 3 équipes de Jeep Elite, 2 de Pro B, 2 du championnat belge et une allemande dans les matches ayant été exploité statistiquement. Au final, Le Portel a survolé cette pré-saison (+15,8 NetRtg) en s'appuyant sur une grosse défense (94,1 DRtg) et des possessions très bien valorisées. L'ESSM a joué en moyenne 74,7 possessions par match (8e), mais a su se procurer 86,4 Play par match (2e). Pour se faire, rien d'extraordinaire : capter du rebond offensif, encore et toujours.


Frank Hassell excelle dans cet art, lui qui a pris 14.1% de rebonds offensifs disponibles (3e derrière Fall et Joseph) sous les couleurs de Cholet la saison dernière. Hassell a continué son chantier dans les raquettes en pré-saison, avec 3.3 rebonds offensifs par match (18% OREB%), 5.5 rebonds défensifs (25%), donnant un total de 8.8 rebonds par match (22% REB%).


Mais le tank n'est pas le blindé qui cache son armée. Car 3 autres joueurs se sont distingués aux rebonds offensifs sur cette pré-saison :

- Antonio Ballard : 5.0 rebonds offensifs par match, soit 21% OREB%.

- Toarlyn Fitzpatrick : 2.1 rebonds offensifs par match, soit 11% OREB%.

- Ousman Krubally : 2.1 rebonds offensifs par match, soit 10% OREB%.


Peu étonnant de voir ainsi Le Portel être l'équipe la plus efficace aux rebonds sur cette pré-saison : 38.3% OREB% (1er), 75.4% DREB% (5e), 58.0% REB% (1er).



Limoges : défense, dureté


Même si elle fut ponctuée par une apparition en playoffs, la saison du CSP Limoges a pu laisser un goût d'inachevé au vu de la concentration de talent : Bouteille, Howard, Taylor, Samuels, Boutsiélé, Rousselle, Doumbouya... De quoi affoler les compteurs en attaque avec la 2e attaque la plus efficace (114,7 ORtg), avec plus de 6 joueurs ayant un ORtg au-dessus du 110 !

Défensivement, par contre, le CSP a été très inconstant avec une défense encaissant 111,6 points sur 100 possessions (11e).

Sur la pré-saison, la donne s'est inversée. L'attaque du CSP a perdu en efficacité en affichant 109,9 ORtg. Mais, surtout, c'est en défense que le CSP a déja montré des signes de progrès, avec 105,7 DRtg. Comment expliquer ce léger mieux ? Par le rebond. Car face à Monaco, en playoffs, le CSP avait coulé sous les panneaux en laissant la Roca Team se gaver de rebonds offensifs. Pour cette pré-saison, Limoges a capté plus de 3 rebonds défensifs disponibles sur 4. Jerry Boutsiélé, déjà très bon au rebond l'an passé, a réussi des performances impressionnantes sous le cercle : 17% OREB%, 31% OREB%, 24% REB%. Un véritable aspirateur à rebonds, sachant qu'à ses côtés, Benoit Mbala (20%) et Conklin (20%) ont également enfilé le bleu de chauffe pour capter du rebond défensif. L'attaque ne serait pas aussi falmboyante que la saison passée, sans faire offense au millésime 2019-20 du CSP, mais cette équipe-là saura montrer de la dureté. A l'image de son capitaine Brian Conklin.


ASVEL : une patience qui change la défense


Avec 74,0 possessions jouées en moyenne par match la saison passée, l'ASVEL se classait 4e d'un classement dominé par Chalons-Reims (75,0). La pré-saison a vu les tenants du titre prendre un visage à 180° dans l'identité de leur jeu. Fini ce rythme élevé, cette légère tendance à perdre la balle (18% des possessions de l'ASVEL se terminaient par un turnover), place désormais à un rythme lent et des pertes de balles plus rares : 68,4 possessions par match, moins de 17% TOV%.


En jouant lentement, l'ASVEL défend différemment surtout. Ainsi, la défense n'excelle plus dans l'art de provoquer des pertes de balles adverses (16,1% TOV%, 17e) contrairement à la saison passée (18,2% TOV%, 3e). Mais pour garder une défense toujours aussi efficace, encaissant à peine un point par possession, les rhodaniens s'appuient désormais sur une contestation efficace aux tirs (50% eFG% adverse), à laquelle s'ensuit un gros travail au rebond défensif : 79% de rebonds défensifs disponibles sont captés par l'ASVEL.


Ce changement vu pendant la pré-saison est-il amené à perdurer ? Possible, car un rythme moins soutenu de jeu permet d'économiser les joueurs et les organismes. Et au vu du calendrier infernal entre l'Euroleague et la Jeep Elite, cela n'a peut-être rien d'un simple hasard.

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