• Thomas Guern

Gagner en étant moins efficace ? Possible !

Bon gré mal gré, la situation actuelle permet de dépoussiérer certains sujets restés en brouillon (trop) longtemps. A commencer par celui inspiré de ce tweet :

L'évaluation collective fait souvent partie de ces indicateurs que coaches, médias avancent en premier lieu quelle que soit l'issue d'un match. Le cas de ce match disputé la saison dernière entre Fos-sur-Mer et l'EBPLO, qui vit les béarnais l'emporter 90-91 (boxscore), est un cas d'école. Sur ce match, les BYers affichaient une meilleure évaluation et une meilleure efficacité que leurs adversaires. Un cas assez inédit, mais pas des plus rares.


Sur l'exercice 2019-20 de Jeep Elite et les 224 rencontres disputées à ce jour, 18 matches ont vu l'équipe avec une évaluation inférieure à celle de l'adversaire l'emporter. Soit 8.0% des rencontres.

A ce petit jeu, certaines équipes sont forcément mieux loties : Chalon sur Saône et ASVEL (3 victoires avec évaluation inférieure à l'adversaire) trustent ce classement, suivis par Orléans. A l'inverse d'autres formations, comme Le Portel (2 défaites), ou encore Strasbourg et Chalons-Reims (3). Pau-Lacq-Orthez est un habitué de ces matches (2 victoires et 3 défaites). Monaco et Gravelines-Dunkerque n'ont jamais disputé de match de la sorte.


Mais les matches les plus intéressants restent ceux similaires à celui exposé dans le tweet : la victoire d'une équipe moins efficace en raisonnant avec les Ratings (points marqués et encaissés sur 100 possessions). Très surprenant, mais pas impossible, puisque 8 matches ont connu tel scénario. Décryptage des 3 rencontres aux NetRtg les plus faibles, ou comment expliquer la victoire d'une équipe moins efficace.


21e journée, 01/02/2020. Elan Chalon Vs. Le Mans Sarthe Basket : 84-83


De toutes les anomalies, celle-ci n'a pas d'équivalent. Au-delà du scénario incroyable de ce match, l'Elan Chalon l'emporte face au Mans alors que les chalonnais pointent avec un retard de 28 unités à l'évaluation finale. Surtout, c'est dans l'efficacité que ce match est unique. Le Mans a été plus efficace que Chalon de 4.26 points sur 100 possessions. Dès lors, comment expliquer l'inexplicable ?

Les recherches effectuées par Dean Oliver, l'un des pionniers dans le raisonnement en termes d'efficacité, avaient permis d'identifier 4 facteurs déterminant dans le gain d'un match : l'adresse, le rebond offensif, les pertes de balles, la capacité à obtenir des lancers-francs. Et là, l'explication de la victoire de l'Elan prend toute sa logique en allant au-delà de l'évaluation, et de l'efficacité par possession.

Le Mans a dominé grâce à une insolente adresse (62% eFG%), contre 49% pour Chalon. A défaut de pouvoir compter sur son adresse, l'Elan a pu s'appuyer sur les 3 autres "facteurs" :


- le rebond offensif : Chalon a capté 40% des rebonds offensifs disponibles. Cette valeur très élevée a une conséquence directe sur le nombre d'opportunités de marquer. Chalon a eu 91 occasions de marquer sur le match, contre 80 pour le MSB. Chalon a donc été moins efficace, mais a bénéficié de bien plus d'occasion de scorer. Une performance rendue possible grâce à l'excellent travail d'Ousmane Camara (32% OREB% : il a capté 32% des rebonds offensifs qui lui étaient disponibles !), Assane N'Doye (20% OREB%) et Ronald Roberts (14% OREB%).


- les lancers-francs : le ratio FTA/FGA est un indicateur pour déterminer la capacité à se procurer des lancers-francs. Le gap entre Chalon et Le Mans est important (0.39 contre 0.18). Outre Ronald Roberts (2 FTA/FGA) et Ousmane Camara (0.4), Sean Armand (0.5) en est le parfait exemple. Malgré sa maladresse (5/14 aux tirs), il a su gagner en efficacité offensive en allant sur la ligne des lancers (7 tentatives).


- les pertes de balles : les écarts restent relativement faibles en général sur le pourcentage de possessions se terminant par une perte de balle. Mais dans un match aussi serré, cela a son importance. Chalon a commis 18% de pertes de balles, contre 22% pour Le Mans. Ce delta, c'est autant de possessions supplémentaires non valorisées par le MSB.

Individuellement, excepté Robinson (39% de pertes de balles sur ces possessions) et Armand (30%), peu de chalonnais se sont montrés dispendieux avec la gonfle.


A première vue, la victoire de l'Elan a tout d'un hold-up, à la vue du match, des stats classiques et de l'évaluation. Mais dans le détail, au vu de la domination au rebond offensif et la capacité à chercher des lancers-francs, est-ce finalement une victoire aussi volée qu'elle en a l'air ?



21e journée, 01/02/2020. Pau-Lacq-Orthez Vs. Strasbourg : 74-73


Toujours la 21e journée, toujours le 1er février... Là aussi, la différence d'efficacité sur 100 possessions est assez haute : Strasbourg affiche un NetRtg de 3.58. L'évaluation est en faveur des alsaciens (87 à 74).

Oscillant autour des 40% eFG%, les deux équipes ont connu pareille maladresse. Strasbourg a cependant dominé le rebond offensif (38% à 26%), mais ça n'a pas suffi. Car en face, Pau a livré un match très propre avec seulement 12% de possessions se terminant par une perte de balle. Une très bonne performance, sachant que 18% des possessions en Jeep Elite se conclue par un turnover en moyenne ! En comparaison, Strasbourg perd la balle à 14 reprises (19%). Rien de catastrophique, mais la performance paloise annihile complètement la domination, vaine, de la SIG au rebond offensif.

Pour couronner le tout, l'EBPLO a montré une meilleure capacité à obtenir des lancers-francs, avec un ratio de 0.40 FTA/FGA, contre 0.33 pour Strasbourg.



21e journée, 01/02/2020. Orléans Vs. Boulogne-Levallois : 85-84


Encore cette 21e journée ! Orléans l'emporte au terme d'un match assez fou. Joué sur un rythme très élevé, au-delà de 82 possessions par équipe, Orléans l'a emporté grâce aux rebonds offensifs. Les Mets n'ont capté que 15% de rebonds offensifs disponibles, tandis qu'Orléans pointait à 23%. Des valeurs relativement faibles en comparaison des 2 matches décris précédemment, mais un écart suffisant pour expliquer en partie le fait que l'OLB ait compté 7 opportunités de marquer de plus que Boulogne-Levallois. De quoi équilibrer face à la bonne adresse francilienne (55% eFG%) et l'obtention de lancers-francs (0.27 FTA/FGA).

Et ainsi l'emporter malgré un différentiel de 2.51 points pour 100 possessions en faveur des Metropolitans.



Les autres matches :


11e journée : Boulazac Vs. Boulogne-Levallois : 97-101

Les Mets ont connu scénario inverse à celui du match à Orléans, en l'emportant avec un différentiel négatif de près de 2 points pour 100 possessions. C'est le plus grand écart de points constatés pour une victoire (4) avec un NetRtg négatif. Habituellement, ce sont toujours des matches décidés d'un point.


2e journée : Limoges Vs. Le Portel : 66-65

Défait la semaine précédente à Dijon en ayant une meilleure évaluation, l'ESSM revit un match similaire face au CSP Limoges. En ajoutant cette fois-ci le fait que Le Portel a été plus efficace que Limoges (0.85 point pour 100 possessions).


2e journée : Strasbourg Vs. ASVEL : 88-89

Même journée, même différentiel ! L'ASVEL l'emporte à Strasbourg, alors que les alsaciens sont plus efficaces de 0.85 point pour 100 possessions. Sur 8 matches, la SIG aura donc été confronté à 2 reprises à ces anomalies, s'inclinant à chaque fois.


9e journée : Pau-Orthez Vs. Cholet : 82-83

Dans le braquage de CB en terre béarnaise, les Rouge et Blanc ont décroché une victoire en laissant leur adversaire avec un différentiel de -0.61 point pour 100 possession. Le bon début de saison choletais s'expliquait notamment au rebond offensif. Mais face à l'EBPLO, c'est plutôt l'adresse aux tirs (51% eFG% contre 48% pour Pau) et les pertes de balles (8% uniquement !) qui ont fait basculer une rencontre que Pau dominait au rebond offensif et aux lancers-francs.

23e journée : OLB Vs. Nanterre : 79-78

Bis repetita : une équipe francilienne en déplacement à Orléans, un tir ultra-clutch de Florent Piétrus, pour un match gagné malgré un NetRtg de -0.37. Et dans le détail, c'est aussi un copier-coller du match face à Boulogne-Levallois. Nanterre a été plus adroit aux tirs (53% eFG% contre 52%) et aux turnovers (20% TOV% contre 23%). Mais les deux autres catégories ont penché en faveur des orléanais : 36% de rebonds offensifs captés par l'OLB, et un ratio FTA/FGA de 0.33. Nanterre affiche 25% OREB% et 0.25 FTA/FGA à l'inverse.

Posts récents

Voir tout

CSP Limoges : l'effet Mehdy Mary

L'effet Mehdy Mary : le CSP était à la peine après 13 matches de championnat, et le voilà en playoffs à la 25e journée. Explications stats.

©2019 by Thogiball. Proudly created with Wix.com