• Thomas Guern

Elan Chalon : la grinta de Julien Espinosa

Après avoir analysé l'avant/après du Limoges CSP suite à l'arrivée de Mehdy Mary en tant que coach principal, c'est un autre monument du basket français qui est passé sous la loupe analytique : l'Elan Chalon.


Le club champion de France 2017 a connu un début de saison des plus compliqués. Après 20 matches de championnat, Philippe Hervé prend du recul sur l'équipe fanion. Julien Espinosa prend sa suite. Le jeune technicien passé par Antibes a pour mission de remettre à flot un navire chalonnais naviguant en eaux troubles. Sa mission écourtée fut une réussite, avec 4 victoires obtenues en 5 matches. Avant cela, Chalon avait remporté 6 matches sur 20 disputés. Comment expliquer que l'Elan soit passé d'un pourcentage de victoire de de 30% à 75 % sur ces deux périodes (J1 à 20, puis 21 à 25) ?


Nouveau coach, nouvelle identité


Entre ces deux périodes, le rythme du championnat a légèrement augmenté, gagnant 0.9 possession par match. Chalon-sur-Saône en a profité pour jouer 1.8 possession de plus sur cette même période, passant de 73.5 possessions par match avec Philippe Hervé à 75.8 avec Julien Espinosa.


Forcément, pour passer d'un ratio de victoire de 30% à 75%, l'efficacité de l'Elan Chalon a drastiquement changé. Les valeurs sont exprimées pour 100 possessions, et le chiffre en parenthèses correspond au classement par rapport aux équipes de Jeep Elite :



Au final, Chalon est passé d'une des plus mauvaises équipes du championnat (17e NetRtg) à une équipe de playoffs (7e NetRtg).

Cette progression s'explique d'abord en attaque, passée de médiocre (14e ORtg) à rentable (5e ORtg). Nanterre, Limoges et Roanne ont affiché de meilleurs progrès que l'Elan, mais il est intéressant de voir que ce sont les seules équipes (avec Strasbourg) à avoir réussir à être plus efficace en attaque entre ces deux périodes. Le reste du championnat a soit, au mieux, stagné, soit régressé.


Et c'est en attaque que cette notion de "grinta" prend tout son sens en se penchant sur les 4 Factors.

Seule catégorie en régression : les pertes de balles. L'équipe coachée par Julien Espinosa a perdu plus souvent la balle (19% des possessions de l'Elan) que sous Philippe Hervé, où 17% des possessions se terminaient par une perte de balle. Ce ratio est d'ailleurs excellent, puisque seules l'ASVEL, Monaco et Orléans ont fait mieux sur les 20 premières journées.

L'adresse a connu une légère progression, passant de 52% eFG% à 53%. Mais ce sont dans la capacité à prendre des rebonds offensifs et attaquer la ligne des lancers que Chalon doit son renouveau offensif :



Au rebond offensif, l'évolution est spectaculaire : 28% OREB% à 38% ! De la 1ère à la 20ème journée, Chalon captait un peu moins de 3 rebonds offensifs sur 10 tirs manqués. Sur les 5 matches suivants, ce chiffre est passé de 3 à 4. Une broutille ? Pas tant que ça...

Capter plus rebonds offensifs ne donne pas plus de possessions, mais plus d'opportunités de marquer. En augmentant ce nombre d'opportunités (sans tenir compte d'une hausse de possession), l'équipe peut gagner en efficacité offensive. C'est ce qu'il s'est passé avec Chalon.

Les pivots ont joué un très grand rôle au rebond offensif. Déjà performant dans ce secteur, Ousmane Camara est passé de 10.9% rebonds offensifs disponibles captés (OREB%) à 14.2%. Ronald Roberts, dont le rendement a souvent été pointé, s'est métamorphosé avec le changement de coach, passant de 7.3% OREB% à 13.8% ! Au-delà des pivots, Myles Hesson a lui aussi abattu un excellent travail, avoisinant les 10% OREB% (9.7%). Avant la 20e journée ? Seulement 3.5% OREB%, valeur correspondant plutôt au rendement d'un arrière qu'à un intérieur... Même Jaron Johnson (3.9% OREB% à 6.5%) est devenu une menace dans ce secteur.


Outre les rebonds offensifs, l'Elan a énormément gagné en agressivité pour obtenir des lancers-francs. Le ratio FTA/FGA est passé ainsi de 33% à 39%, en devenant ainsi une des équipes les plus performantes dans l'exercice. Et permettre à Chalon de gagner en efficacité offensive.

Individuellement, les 3 joueurs qui ont amélioré leur performance au rebond sont également affichant la meilleure progression dans l'obtention de lancers-francs (FT Rate) : Ousmane Camara, Ronald Roberts, Jaron Johnson. Même s'il n'y a aucune corrélation entre le pourcentage de rebonds offensifs captés et FT Rate (FTA/FGA), cette coïncidence est intéressante, et peut déclencher une nouvelle question : comment ces 3 joueurs ont obtenu leurs lancers-francs ? Sur rebonds offensifs ? C'est là qu'entrera la vidéo, en complément de ce que l'analyse statistique a pu démontré.


Evolution du ratio FT Rate :



En défense, une sélection de tirs adverses très différente


Mais c'est principalement la défense qui a permis le renouveau chalonnais. Elle n'affiche que la 14e efficacité des journées 21 à 25, mais c'est un très gros progrès voyant la production défensive. Chalon a encaissé 119.2 points pour 100 possessions sur les 20 premiers matches de championnat, la pire valeur de la ligue. Ce progrès de 8.9 points encaissés de moins sur 100 possessions est assez incroyable (seul Orléans fait mieux, avec une défense gagnant 11.1 DRtg !).


Pour passer de la dernière défense à la 14e défense du championnat, certains des 4 Factors ont connu du mieux : adresse adverse, perte de balle adverse. Et c'est tout. Le FT Rate adverse n'a pas bougé, et l'Elan a concédé plus de rebonds offensifs à son adversaire qu'auparvant !


Chalon a laissé son adversaire s'emparer de 32% des rebonds offensifs disponibles. Une valeur au-dessus de la moyenne (29%) qui s'explique assez facilement avec ce qui a été vu pour le rebond offensif plus tôt dans l'article. Jaron Johnson a fourni plus d'efforts au rebond offensif, avec pour conséquence principale une baisse de son rendement au rebond défensif. C'est le cas également pour Assane N'Doye, dont la production au rebond défensif a chuté sur les 5 dernières journées par rapport aux 20 premiers matches. A l'inverse, Roberts et Camara se sont avérés plus performants aux rebonds défensifs qu'avant. L'effet Julien Espinosa au rebond, c'est de responsabiliser les pivots des 2 côtés du terrain, et utiliser les ailiers comme des menaces alternatives au secteur intérieur pour le rebond offensif.


Le changement de coach a coïncidé avec un autre phénomène vu au Limoges CSP : l'Elan Chalon a provoqué bien plus de pertes de balles à ses adversaires. Le ratio est passé d'une possession sur 6 avec Philippe Hervé à une possession sur 5 avec Julien Espinosa. Par contre, cette hausse des pertes de balles n'est pas liée à une hausse des interceptions, puisque le ratio d'interception sur possession adverse n'a que peu évolué (7% à 8%).


Enfin, Chalon est parvenu à mieux limiter l'adresse adverse. Si la baisse semble faible en apparence (58% eFG% à 56%), il est intéressant de voir comment ont évolué le type de tirs et le pourcentage de réussite adverse. La part en bleu représente les tirs adverses tentés à 2 points, et en orange, les tirs adverses tentés à 3 points. Les pourcentages en blanc à l'intérieur correspondent aux pourcentages de réussite adverse.



L'équipe coachée par Philippe Hervé laissait le plus de tirs à 3 points à ses adversaires (43% !), avec un taux de réussite très élevé (40%, 15e défense à 3 points). C'est-à-dire beaucoup de tirs très rentables pour l'adversaire...

Avec Julien Espinosa, la répartition a considérablement changé. 37% des tirs adverses ont été pris à 3 points, pour un taux de réussite de 37% (12e défense à 3 points). L'Elan a laissé plus d'opportunités à 2 points pour son adversaire, en ayant un taux de réussite similaire (57-58%).


En résumé, les progrès de l'Elan Chalon en 3 points :


  • Un rebond offensif plus performant : responsabilisation des pivots aux rebonds, des ailiers recentrés sur le rebond offensif

  • Une meilleure agressivité pour obtenir des lancers-francs

  • Une défense laissant une répartition de tirs à 2 points / 3 points plus équilibrée

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