• Thomas Guern

CSP Limoges : l'effet Mehdy Mary

Au moment de l'arrêt de la Jeep Elite / Pro A, le CSP Limoges pointait à la 8e place du championnat, avec un bilan de 12 victoires pour 13 défaites. Soit le plus haut classement du CSP atteint cette saison 2019-20, ainsi que le meilleur bilan.

Pourtant, la route fut longue avant d'en arriver là. Au moment du départ d'Alfred Julbe, Limoges n'avait remporté que 5 matches sur 13 disputés en championnat (journées 1 à 12 + 17). L'arrivée de Mehdy Mary a changé la donne : 7 victoires en 12 rencontres, soit 58% de victoire (journées 13 à 25, hors 17).

Comment expliquer cette différence de bilan entre le CSP d'Alfred Julbe et le CSP de Mehdy Mary ?


Moins de rythme, plus d'efficacité


Que ce soit en termes de rythme ou d'efficacité, tout oppose le CSP Limoges version Julbe à celui version Mary.

Le CSP Limoges de Julbe jouait sur un rythme élevé de 74.1 possessions par match (5e), là où la moyenne de Jeep Elite sur ces 13 matches s'élevait à 72.7 possessions par match. Sous Mehdy Mary, ce chiffre est descendu à 70.2 possessions par match, le rythme le plus lent du championnat sur cette période. Dans le même temps, la Jeep ELITE dans sa globalité voyait son nombre de possession augmenter, passant de 72.7 à 73.6 en moyenne.

Le championnat a donc légèrement gagné en vitesse, là où le CSP a lui préféré mettre le pied sur le frein.


Sur ces deux périodes, l'efficacité du championnat a aussi augmenté, passant de 110.8 points par possessions à 111.6. Une valeur à garder en mémoire à la vue du graphique : Limoges se trouvait sous la moyenne du championnat tant en attaque (108.5 ORtg) qu'en défense (114.9). La tendance s'est ensuite inversée avec une attaque et une défense au-dessus de la moyenne (113.7 ORtg, 107.7 DRtg pour une moyenne à 111.6).


Au final, le CSP Limoges est passé d'un différentiel (NetRtg) de -6.4 (16e) à +6.0 (5e), soit une différence 12.4 points sur 100 possessions. Seul Nanterre affiche meilleure progression que le CSP sur cette même période avec une différence d'efficacité de 15.5 points pour 100 possessions (-5.6 NetRtg à +9.9 NetRtg).

De l'adresse en attaque, de la perte de balle en défense


Passée l'analyse des ratings et du rythme, il s'agit désormais de comprendre pourquoi l'attaque et la défense ont connu une nette amélioration. Les 4 Factors permettent d'y voir plus clair.

En attaque, deux paramètres n'ont quasiment pas évolué qui que soit l'entraîneur : Limoges a capté 27% des rebonds offensifs disponibles ; 17% des possessions du CSP ont abouti à une perte de balle. Limoges a perdu en agressivité, en se rendant moins sur la ligne des lancers-francs. Le ratio FTA/FGA passe ainsi de 34% à 32%, valeurs se situant globalement de la moyenne de Jeep ELITE (32%).

C'est au niveau de l'adresse (eFG%, adresse tenant compte de la valeur d'un tir à 3 points) que Limoges a progressé, améliorant nettement son rendement offensif. C'est avant tout l'adresse à 3 points, passant de 35% de réussite derrière l'arc (14e) à 40%, pour être l'une des meilleures équipes dans cet exercice (5e).


Cette progression de la réussite à 3 points tient à deux joueurs principalement. Nicolas Lang est passé 33% de réussite à 3 points (3.8 tentatives par match) à 44%, en tirant 5.5 fois derrière l'arc. Ludovic Beyhurst a connu pareille situation, même si le nombre de matches joués avec Julbe est faible (2 matches) : 0% sur 1.5 tentative, puis 48% (!) sur 2.5 tentatives par match avec le nouvel entraîneur. Hugo Invernizzi a été très régulier, avec 40% sur 5 tentatives en moyenne, tout comme Marcus Ginyard (50% de réussite), avec un volume légèrement en baisse (4.0 à 3.3).


En reprenant la même méthode pour analyser la défense du CSP, seul un des 4 Factors évolue considérablement : la provocation de pertes de balle à l'adversaire.

L'équipe d'Alfred Julbe provoquait des pertes de balle sur 17% des possessions adverses (10e du championnat). De la 10e place, l'équipe de Mehdy Mary s'est hissée à la 2e place. Plus d'une possession adverse sur 5 s'est terminée sur une perte de balle ! Cette valeur hisse le CSP à la 2e place dans la catégorie, derrière Monaco et devant Dijon.

Entre Julbe et Mary, le CSP Limoges a ainsi provoqué 23% de pertes de balles en plus. Question est de savoir si le pourcentage d'augmentation sera le même sur les interceptions ? La réponse est oui : le CSP a vu ses interceptions afficher une progression de +23% sur cette même période. D'une équipe plutôt correcte, interceptant 10% des possessions adverses (9e), le CSP est devenue une machine à steal avec 12% de possessions adverses conclues par une interception des Limougeauds. Le CSP est la meilleure équipe pour voler la balle sur cette période du championnat.

Chose surprenante : ce sont principalement les joueurs du secteur intérieur qui ont le plus progressé, Brian Conklin et Atoumane Diagne en tête !


Le cas Jerry Boutsiélé


Peu de temps après le départ d'Alfred Julbe, Jerry Boutsiélé n'avait pas mâché ses mots devant Le Populaire :

Qu'attendez-vous de ce changement d'entraîneur au Limoges CSP ?
J'en attends beaucoup de choses : un plan de jeu, une hiérarchie bien respectée dans l'équipe et un vrai travail collectif tout au long de la semaine pour mieux préparer les matches.

Le message est visiblement passé. Jerry Boutsiélé a vu sa production grimper en flèche avec le changement de coach. Mis à part Ludovic Beyhurst, aucun autre joueur n'a eu un bond d'efficacité aussi important que Boutsiélé. Son NetRtg (différentiel entre son rendement offensif et défensif) est ainsi passé de -0.69 à +1.38, soit une différence de 2.07.


Il attendait de l'arrivée de Mehdy Mary "une hiérarchie bien respectée" dans l'équipe. Cette nouvelle hiérarchie a vu le pivot français être plus responsabilisé en attaque. Avec succès.

L'histogramme en bleu décrit l'impact de Jerry Boutsiélé sur les possessions du CSP. Celui-ci est passé de 22% à 26% avec le changement de coach. Cette hausse de responsabilité offensive s'est accompagnée d'une hausse de l'efficacité du pivot, représentée par la courbe orange : 98.4 ORtg à 112.4 ORtg. Dans les faits, sa production de points est passé de 8.2 à 12.3, s'affirmant comme l'option offensive numéro 2 du CSP derrière Semaj Christon (29% USG%, 15.1 points produits avec Mehdy Mary en coach).

Ce mieux dans le rendement offensif de Boutsiélé s'explique dans la répartition des tirs notamment :

Ce gain d'efficacité s'explique par le fait de se rendre moins fréquemment (par rapport à sa quantité de tir) sur la ligne des lancers-francs, exercice dans lequel il a tourné à 56% cette saison. Mais c'est avant tout à 2 points que Jerry Boutsiélé a pu évoluer : il est passé de 54% de réussite à 62%, en ayant un nombre de tentatives en nette hausse (+63% de tirs à 2 points en plus).

S'il fallait retenir un chiffre du renouveau de Boutsiélé, c'est l'agressivité : 47% des possessions du pivot se sont terminées par un point marqué avec Julbe. 54% avec Mehdy Mary.


Evidemment, la redistribution des cartes en attaque au profit de Boutsiélé a fait une victime collatéral. Brian Conklin a vu une grande partie de ses chiffres revus à la baisse :

  • Tentatives de tirs : 10 puis 6

  • Points produits : 12.3 puis 6.9

  • ORtg : 112.9 puis 99.3

Cette baisse d'efficacité pour Conklin s'explique en grande partie par les pertes de balles. Son ratio AST/TOV s'est effondré de 1.11 à 0.4 avec le changement d'entraîneur, ayant pour conséquence de voir l'australien commettre 16% de pertes de balles sur les possessions lui étant attribuées.

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